Elne fait pousser une forêt… qui se mange !

La commune d’Elne s’est engagée dans un programme expérimental de reforestation nourricière en climat méditerranéen sec. Depuis quelques mois, notre association accompagne la conception et la plantation de ce projet ambitieux !

Les objectifs de la reforestation nourricière

Aujourd’hui, la pluie se fait rare. Il devient essentiel de régénérer les sols, de planter des arbres et d’adapter les pratiques agricoles. La culture de plantes annuelles en deux dimensions montre ses limites. En effet, elle demande souvent des intrants, beaucoup d’énergie ou une grande quantité d’eau.

Nous pouvons alors envisager un autre modèle : un système qui imite la forêt dans sa structure, sa biodiversité et sa résilience, tout en produisant de la nourriture.

Les forêts nourricières permettent une grande diversité de productions alimentaires (fruits, feuilles, fruits à coques, baies, fleurs, champignons, tubercules, sirops de sèves, plantes aquatiques, etc.), mais aussi non alimentaires (biomasse, biomatériaux, plantes tinctoriales, biodiversité, plantes médicinales, bien-être, etc.).

Ces forêts rendent aussi de nombreux services écosystémiques. Elles stockent le carbone et régénèrent les sols. Elles favorisent le retour de la biodiversité. Elles aident aussi les milieux à s’adapter au changement climatique.

Un modèle inspiré des forêts naturelles et tropicales

Ce système s’inspire des agroforêts tropicales, aussi appelées forêts domestiquées. Dans ces milieux, des milliers d’espèces alimentaires cohabitent. Une dimension temporelle est intégré dans cette agriculture. Le travail se fait debout, avec peu d’outils. Parfois, une simple machette suffit. La végétation y pousse beaucoup plus vite qu’en Europe. Elle n’est pas considéré comme une ennemie, elle est accompagnée et façonnée selon les besoins.

Les objectifs des plantation à Elne

  • Test d’essences alimentaires ligneuses ayant un potentiel de filière alimentaire dans le contexte de sécheresse
  • Implantation sous forme de semis direct en pleine terre à la place d’implanter des jeunes plants
  • Assemblage dense et diversifié d’essences forestière locales pouvant produire de la biodiversité et de la fertilité, avec des essences ayant un bon potentiel alimentaire.

Des chantiers de plantation citoyens

Quatre sites ont été retenus pour l’expérimentation, répartis aux quatre coins de la ville.

Un premier site très contraint : Las Closes

Sur ce site, aucun système d’irrigation n’est installé. Cependant, le sol reste pauvre et dégradé, après un terrassement récent. La parcelle subit aussi une forte exposition au soleil. De ce fait, une cinquantaine d’essences résistantes à la sécheresse ont été implantées dès cette année. Ces espèces proviennent de biotopes et de climats similaires (Afrique du Nord, désert de l’Arizona) : chênes à glands doux, des gojis du désert ou encore du jojoba.

L’arrosage sera assuré une fois par mois au début. Grace aux micro-organismes, le sol va s’améliorer progressivement.

Deux sites au Salitar, entre nature et usages urbains

Le premier, plus proche du Tech, le terrain présente une bonne profondeur. Il reste sableux limoneux, avec une humidité en profondeur. Les deux forêts nourricières s’intègrent au milieu des stades pour apporter de l’ombre et des espaces de détente pour les sportifs et les promeneurs.

Sur ces sites, l’objectif vise un rendu esthétique et une production rapide pour certaines essences. Les plantations ont été paillées et le sol a été enrichi avec des engrais verts. L’irrigation fait l’objet d’un suivi régulier.

Ainsi, nous avons planté des figuiers, des pacaniers, des mûriers, des cognassiers et des feijoas. Des plantes aromatiques complètent l’ensemble. Des essences forestières locales renforcent aussi la biodiversité.

Remerciements

Les étudiants de l’IUT de Perpignan, en parcours Sciences de l’Environnement et de l’écotechnologie, participent activement au projet. Ils réalisent des analyses de terrain, des plantations et des travaux de cartographie. Un grand merci à eux pour leur engagement ainsi qu’aux jeunes du Conseil Citoyen de la Jeunesse à Elne qui viennent régulièrement mettre les mains dans la terre, toujours avec motivation.

À l’automne prochain, un nouveau site verra le jour près du centre technique municipal. Il prendra place à côté de la pépinière citoyenne en cours de construction. La suite arrive bientôt…


Ce projet existe grâce à plusieurs soutiens : la commune d’Elne, l’Agence de l’Eau et le département des Pyrénées-Orientales ont apporté un appui financier. Les services techniques de la commune ont contribué sur le plan opérationnel. La Forêt Gourmande a accompagné le projet sur le plan scientifique.

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